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Archive pour 11 septembre 2006

Lune Rouge

Lundi 11 septembre 2006

Chapitre 2             Le prêtre de la Nouvelle Inquisition
 
Caleb se réveilla en sursaut et en sueur. Il se redressa d’un bond mais dû s’appuyer contre le mur de bois de la roulotte pour ne pas s’écrouler tellement la tête lui tournait.
 Toutes les nuits ces cauchemars venaient le hanter. D’après Lucida, la diseuse de Bonne Aventure du cirque, il s’agissait de fantôme nocturne prenant l’aspect d’un mauvais rêve. La voyante lui avait proposé de lui fournir de l’eau bénite pour conjurer le sort mais il avait décliné poliment l’offre prétextant qu’il avait connu suffisamment d’exploits de la religion pour tout le reste de son existence.
De sa roulotte, il pouvait encore entendre la musique tonitruante du spectacle. Ce n’était pas encore terminé. Il n’avait donc pas dormi longtemps mais suffisamment cependant pour cauchemarder.
Il s’assit devant son miroir. Son maquillage avait coulé à cause de la sueur donnant à son visage un aspect effroyable et surnaturel. Il semblait défiguré.
Ses yeux azur scrutaient chacun de ses traits.
« A qui ressembles-tu le plus ? Demanda-t-il à son reflet. A ta mère ou à ton père ? Remarque que bien que l’un soit la nuit et l’autre le jour, ils ne valent guère mieux l’un que l’autre… »
Il regarda son reflet droit dans les yeux comme s’il voulait lui faire comprendre quelque chose.
« Toi non plus, n’est-ce pas ? » murmura-t-il.
Il prit son pot de crème blanche et rectifia ce qui avait coulé. Il en fit de même avec le noir.
Il attrapa son chapeau et l’enfonça sur sa tête. Caleb s’effaça et le Fou réapparut.
Il sortit de sa roulotte et se dirigea vers la scène.
Eddy et Ned regardaient depuis les coulisses, cachés par un des rideaux. Le Fou s’arrêta à côté de lui et se mit aussi à observer. C’était le dernier numéro. Serpentina chantait en ondulant sur le plancher tel un serpent sous les rires de certains et les conjurations des autres qui croyaient dur comme fer que ce qu’ils avaient devant les yeux était l’œuvre de Malin.
 
Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres.
Swift (Jonathan)
 
Eddy sursauta en remarquant la présence du Fou à ses côtés. Il l’observa un moment puis dit :
« Ca veut dire que tu fais la fermeture du spectacle finalement. »
La musique cessa et les rideaux se refermèrent. Quelqu’un alla aider Serpentina à quitter la scène et le Fou prit sa place.
Un unique spot le baigna de lumière et le silence retomba.
« J’espère que le spectacle vous a plu… » dit le Fou dans un murmure à peine audible par la foule.
« Avez-vous retenu quelque chose de ce que vous avez vu ce soir ? Mis à part que la nature permet à des aberrations de voir le jour ? » Il ne souriait pas. Un malaise s’installa au sein du public.
« Des coulisses j’ai entendu beaucoup de choses. Certains pensent que les artistes de la Lune Rouge sont des suppôts de Satan… Qui êtes-vous pour juger la différence ? Avez-vous au moins jugé la qualité artistique de ce spectacle ? Non, il ne s’agit pas de démons. »
Le Fou soupira et s’avança vers le public.
« La Nouvelle Inquisition nous a enseigné que les plaisirs des sens étaient des pêchés. Elle nous a enseigné qu’il ne fallait pas s’adonner aux joies lubriques que procurent les spectacles des artistes de rue sous peine de voir notre âme damnée à jamais. Alors, je vous le demande : que faites-vous tous ici ? La Nouvelle Inquisition prétend que les monstres sont des démons et vous y croyez. Elle vous condamne à la damnation pour un spectacle et vous ne vous sentez plus concerné… Vous êtes bien au rendez-vous à chaque fois qu’un spectacle se donne, si je ne me trompe. »
La lumière s’éteignit soudainement
Le Fou claqua son majeur contre son pouce et une flamme apparut au bout de son index.
« La fibre artistique est comme cette flamme, elle nous illumine dans le noir, nous rassure dans l’obscurité. Elle anime les rêves et détruit les cauchemars. Sans elle, nous sommes aveugles. »
Il passa son autre main devant son index et la flamme s’éteignit.
« Mais quand elle nous éclaire » la flamme réapparut « Nous recouvrons la vue. »
Le spot l’illumina de nouveau.
« Ce que veut la Nouvelle Inquisition c’est nous rendre aveugle afin de mieux nous contrôler. Le libre arbitre est toujours autorisé alors servez-vous en. Ne laissez pas cette organisation en déclin continuer à vous dicter votre comportement. Votre esprit n’appartient qu’à vous. »
Et il sourit, il était redevenu le Fou au sourire sincère, il était redevenu Caleb.
« Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, je vous souhaite le bonsoir. »
Il s’inclina jusqu’au sol et le rideau tomba.
Un tonnerre d’applaudissements retentit appelant le Fou pour un rappel mais Caleb descendait déjà les marches de l’estrade le menant aux coulisses.
Il se retrouva alors enserré dans les bras de Bertha, le nez dans sa poitrine volumineuse.
« Tu as fait du bon travail comme d’habitude. Mais j’ai cru un moment que tu allais te mettre à les insulter. » lança la femme à barbe en riant.
« Lâche-le, Bertha, tu ne vois pas que tu es en train de l’étouffer. » dit Lionel sur un ton réprobateur.
Bertha s’exécuta et Caleb tomba à la renverse en se tenant la gorge et en haletant bruyamment. Il se releva en titubant et dit :
« Je n’ai aucun mérite, c’est vous qui faites le spectacle. Moi, je ne fait que l’introduction et la clôture.
- Et quelle introduction, Caleb ! s’exclama Elisabeth de sa douce voix chantante.
- Tu nous redonnes cette dignité qu’ils nous enlèvent à chaque spectacle, ajouta Mary, la siamoise d’Elisabeth.
- Ah, vraiment ? murmura Caleb avec un sourire gêné, en frottant l’arrière de la tête.
- On t’aime tu sais, lancèrent les siamoises à l’unisson en le serrant dans leur bras.
- Moi aussi je vous aime, répondit-il en leur rendant leur étreinte.
- Hé, ne le gardez pas que pour vous, nous aussi, on l’aime ! » Crièrent Henri et Tom.
Caleb se mit à rire et s’agenouilla pour enserrer le petit homme et sa monture. Et se furent bientôt tous les membres de la troupe qui se serraient dans les bras l’un de l’autre en riant.
En ce moment, ils se foutaient bien de ce que les autres pensaient. Ils étaient unis et c’était leur force.
« Hé bien, qu’est-ce que c’est que cette masse humaine entremêlée ? lança la voix de Lucida derrière eux. »
Lucida était une femme à l’aspect étrange quoique dans ce cirque ce fut relativement courant. Elle avait de longs cheveux argents malgré son âge encore jeune. Elle n’avait pas encore 35 ans. Ses yeux de couleur ambre semblaient connaître toutes les vérités du monde. Elle avait un visage atemporel. Il était impossible de lui donner un âge. Elle portait toujours des tuniques très longues aux milles couleurs et pierreries rutilantes.
« Nous rappelions simplement à Caleb à quel point nous l’aimions, répondit Serpentina.
- Si vous ne l’avez pas tué, je crois que maintenant, il le sait en effet.
- Bon, je crois qu’il est de temps de faire un peu de rangement avant d’aller boire un coup en ville, lança Eddy.
-Tu nous casses les pieds, ronchonna Ned, la marionnette. Demain c’est relâche, on aura plus que le temps de nettoyer et de ranger. Allons en ville dés maintenant.
- D’accord, d’accord, tu as gagné, Ned. Allez fermer vous démaquiller et fermer vos roulottes, on se donne rendez-vous ici dans un quart d’heure.
- T’es le meilleur, boss. » lança Lionel et tous se séparèrent pour aller à leur roulotte respective.
 
Ce n’est pas la souffrance de l’enfant qui est révoltante en elle-même, mais c’est le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée.
Camus (Albert)
 
Caleb allait à sa roulotte quand une voix l’apostropha.
« Quel discours, le Fou ! »
Caleb se retourna. C’était un homme totalement vêtu de noir : pantalon, chemise, redingote et haut-de-forme. A son coup, pendait une croix en argent entourée par les rayons de la lumière sainte symbolisés par des pics d’argent partant du centre de la croix. C’était de symbole de la Nouvelle Inquisition.
Caleb l’observa un moment puis lui sourit.
« Je suis désolé si vous vous êtes senti visé à la clôture, mon père. Mais il est bien connu que les Fous ne savent pas tenir leur langue.
- Tu faisais moins le malin il y a quelques années quand tu pendais au bout d’une corde. »
Caleb le toisa puis lui sourit de nouveau.
« Je ne vois pas de quoi vous parlez, mon père. Si ce que vous dites est vrai, je ne crois que je serais en mesure d’avoir cette conversation avec vous en ce moment. Les morts ne parlent pas.
- C’est juste mais le gamin dont je parle n’est pas mort, il s’en est sorti avec l’aide d’un démon dans son espèce.
- Gamin ? Dois-je comprendre par là que les descendants de la Sainte Inquisition sacrifient également des enfants ? demanda Caleb en hochant la tête.
- Nous faisons en sorte de protéger le monde du Malin.
- Tiens donc, c’est très intéressant. Si vous voulez bien m’excuser. J’aurais adoré poursuivre cette conversation avec vous mais mes amis m’attendent. »
Caleb lui tourna le dos. Il commençait à s’éloigner quand l’autre cria :
« Des amis, ces erreurs de la nature ? »
Caleb se retourna et lui lança un regard réprobateur.
« Mais toi, que fais-tu ici, toi qui ne souffres d’aucune difformité.
- C’est ma famille. La seule que j’ai jamais eue. Je vous serai gré de ne pas les traiter comme vous le faites. Ce sont des êtres humains quoique vous en pensiez.
- Le gamin que je recherche est lui aussi orphelin.
- Ce n’est pas rare à Terrasacra, mon père, vous devriez passez votre chemin.
- Pourquoi n’enlèverais-tu pas cette collerette pour me montrer les marques qu’il y a sur ton cou ?
- Qu’est-ce qui se passe ici ? s’enquit Lionel qui venait de surprendre la conversation.
- Rien du tout Lionel, répondit Caleb en lui souriant, Monsieur s’en allait.
- Si ta place était sur l’échafaud, compte sur moi pour t’y reconduire. » lança le prêtre avant de s’en aller.
Caleb le regarda s’éloigner. Quand le prêtre fut hors de vue, Caleb tomba à genoux en tremblant.
« Caleb, ça ne va pas ? » s’enquit Lionel. Il posa une main sur son épaule. Caleb se dégagea, son dos s’arqua et il se mit à vomir, et à vomir encore.
Il s’écroula sur le sol et roula sur le dos en haletant, la bouche grande ouverte. Il défit le bouton de sa collerette qui l’étouffait alors qu’il avait besoin de beaucoup d’air dévoilant sous les yeux ahuris de Lionel une cicatrice qui faisait le tour de son cou.

Et hop, un deuxième chapitre. Mais pas beaucoup de commentaires, heureusement que Steph est là. Dois-je comprendre que personne n’aime à par elle :(

Aerith21