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Archive pour 13 septembre 2006

Lune Rouge

Mercredi 13 septembre 2006

Chapitre 3               Raven, le garçon-manqué
 
« Eddy ! » cria Lionel, déboulant dans la roulotte du directeur du cirque en enfonçant pratiquement la porte.
« Lionel ?! S’écria le directeur. Qu’est-ce qui t’arrive ?
- Dépêche-toi, il y a quelque chose qui ne va pas avec Caleb.
- Quoi ?
- Ne perdons pas de temps viens avec moi ! »
Il y  avait déjà presque toute la troupe autour de Caleb quand Eddy arriva sur les lieux.
Le garçon était à genoux, ramassé sur lui-même et tremblait comme une feuille. Par moment, il se mettait à quatre pattes et vomissait.
« Je ne sais pas à quoi cet homme faisait allusion. En tout cas, ça l’a drôlement secoué. Ca fait plus d’un quart d’heure qu’il n’arrête pas de vomir et de trembler, murmura Lionel à Eddy.
- Quoi ? Mais de quel homme parles-tu ?
- Un prêtre de la Nouvelle Inquisition. Il l’a apostrophé et a commencé à lui parler d’un gamin qui aurait été pendu il y a quelques années. Quand je suis intervenu, l’homme a fini par s’en aller et c’est après son départ que Caleb a commencé à être malade. C’est pas fini, boss, ajouta l’homme à face de lion en baissant d’avantage de ton.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Il y a une sorte de cicatrice qui fait tout le tour du cou de Caleb. Comme si… comme si… balbutia Lionel.
- Comme s’il avait été pendu ?! » acheva Eddy.
Lionel acquiesça.
« Allons, Caleb, lève-toi maintenant, dit doucement Elisabeth en lui caressant gentiment le dos.
- Ne reste pas là. Si tu es malade, va te mettre au lit, ajouta Mary.
- Allez-vous en, laissez-moi tranquille. » cria Caleb en repoussant la main d’Elisabeth.
Les membres de la troupe parurent tous choqués par sa réaction. Jamais Caleb ne les avait repoussés de la sorte.
Eddy décida qu’il était temps qu’il prenne les choses en main.
« Bon, allez tous à vos roulottes. Nous partons en ville dans dix minutes.
- Mais Eddy… commença Henri.
- Il n’y a pas de mais. Je dois parler à Caleb seul à seul. »
Les membres de la troupe hésitèrent un moment puis s’exécutèrent à contre cœur.
Quand ils furent tous partis, Eddy se croisa les bras sur la poitrine et étudia Caleb d’un air neutre. Le garçon quant à lui prenait soin d’éviter le regard du directeur.
«  Ainsi tu as des démêlés avec la Nouvelle Inquisition, Caleb… »
Il ne répondit pas. Le silence tomba un moment  puis le jeune homme demanda :
« Tu vas me virer, Boss ?
- Caleb, ici, nous avons tous eu des ennuis avec la Nouvelle Inquisition à un moment ou à un autre de notre vie. Ceci dit, aucun de ces ennuis ne nous a menés à l’échafaud, dit calmement Eddy. Tu faisais partie de la troupe avant même que j’en assure la direction. Mais à la vue des réactions de la troupe, toute cette histoire s’est passée avant que toi-même tu en fasses partie. Cela faisait donc de toi un gosse d’à peine 10 ans. Quoiqu’il ait pu faire, je ne pense pas qu’un môme mérite d’être pendu haut et court même par la NI (Nouvelle Inquisition). »
Eddy marqua une courte pause puis reprit.
«  Ce qui caractérise notre troupe, ce sont les lourds passés que chacun de nous doit porter. Mais je me moque de ces passés ! Je ne m’intéresse qu’aux personnes que vous êtes aujourd’hui. »
Caleb leva enfin la tête vers Eddy et croisa son regard.
« Laisse-moi cependant te dire que ta réaction les a blessé. Tu les as repoussés comme des malpropres. Tu sais qu’ils feraient tout pour toi. Tu leur redonnes la joie de vivre et c’est pour toit qu’ils vont de l’avant et ne se laisse pas abattre par les moqueries. Chaque sourire que tu leur donnes illumine leur sombre vie comme le ferait un rayon de soleil. Ne les abandonne-pas, Caleb. Ouvre-toi à eux.
- Je ne suis pas encore prêt pour leur parler de ça, murmura le jeune homme en baissant la tête.
- Je ne te demande pas de leur raconter ce qui t’es arrivé mais seulement de les laisser t’épauler dans les moments difficiles et surtout de ne pas les envoyer bouler comme tu l’as fait toute à l’heure. Les membres d’une famille doivent s’entraider, tu ne crois pas ? »
De nouveau, Caleb leva la tête vers Eddy et força un sourire.
« Je préfère ça ! lança Eddy sur un ton joyeux. Il étendit une main vers Caleb.
« Alors, on va le boire ce verre ? J’ai le gossier desséché à force de débiter des trucs philosophico psychologiques. »
Caleb se mit à rire franchement cette fois et accepta la main du directeur.
« Bon attends-moi là, avec tout ça, j’ai oublié Ned dans ma roulotte. Il va m’en vouloir à mort. »
Eddy s’éloigna en courant. Caleb resta seul, debout, au milieu du silence.
« Pourquoi t’es jamais là quand il faut, hein, Darek ? » murmura-t-il en serrant les poings.
*
*  *
En ville, il y avait une ambiance de folie.
Les grandes cités de Terrasacra étaient réputées pour leur animation nocturne et Mamré ne faisait pas exception.
Les rues étaient noires de monde. Le beau linge et le sale s’y côtoyaient. Les filles de joie aguichaient les passants, les artistes de rue s’adonnait librement à leur art, les couples s’embrassaient et se pelotaient contre les cloisons de bois des baraques. Le long des maisons de bois s’étendaient des dizaines de stands de jeux de hasard. Cartes et dés, il y en avait pour tous les goûts et pour toutes les bourses. Les travestis dansaient au milieu de la rue et les homosexuels s’embrassaient goulument sans redouter les interdictions de la NI. Le soir venu, Mamré la sereine s’endormait et la ville de la débauche et de la perversion s’éveillait.
Les lumières des lanternes et la poussière des routes en terre battue offraient une ambiance tout à fait particulière.
Les membres de la troupe essayaient tant bien que mal de se frayer un chemin à travers la foule en folie. Ils cherchaient à atteindre la taverne de l’Ange Déchu.
Quatre prostituées s’approchèrent de la troupe.
« Viens nous voir, mon chéri.
-Comme tu es mignon, viens donc t’amuser avec nous. » Crièrent-elles à Caleb. Celui-ci s’arrêta et tourna la tête vers elle.
«  C’est à moi que vous parlez ? demanda-t-il.
- Oui, mon lapin, c’est à toi que l’on parle.
- Arrêtez de l’ennuyer, Catins, il n’a rien à faire avec vous ! lança Lionel en s’interposant entre Caleb et les quatre femmes.
- Toi, le poilu, on t’a pas sonné, c’est au petit prince au joli minois qu’on cause.
- On va pas le manger. On voudrait juste discuter avec lui.
- Mesdames, j’en serais honoré. » lança Caleb en s’inclinant profondément. Elles se mirent à glousser.
« Mesdames ?! Tu nous honores, petits.
- Personne n’a jamais dit de nous que nous étions des dames.
- Cela dit, j’ai promis à mes amis de boire un verre en leur compagnie. Je vous propose donc de vous retrouver après et nous pourrons discuter. » Et Caleb sourit chaleureusement.
« Quel amour, quel magnifique sourire.
- Il est tellement mignon. »
Elles s’éloignèrent en gloussant alors que Caleb leur faisait signe de la main.
« Toi alors, tu es gentil avec tout le monde ! lança Tom.
- Elles ne sont pas mauvaises. Elles veulent juste un peu d’attention.
- Ce n’est pas ça qu’elles veulent, si tu veux mon avis, ricana Bertha
- Tu vois le mal partout. » soupira Caleb alors qu’ils arrivaient devant la porte de l’Ange Déchu.
Ils pénétrèrent dans la taverne et tous les regards se tournèrent vers eux. Les clients les dévisageaient en chuchotant et en riant. Ils y étaient habitués et n’y faisaient plus attention.
Ils choisirent de s’asseoir dans un petit coin sombre. Caleb s’installa près d’une fenêtre et y plongea son regard.
L’endroit était assez charmant. Les lumières tamisées des chandelles donnaient une ambiance intime mais un piano rythmait les conversations animées des clients ; Toutes les tables étaient de bois massif et les serveuses couraient entre elles pour satisfaire la clientèle.
« Qu’est-ce que je peux vous servir ? » demanda une jeune serveuse. Elle portait d’habit de travail de la taverne. Un caraco blanc découvrant les épaules avec un bustier noir très serré et une jupe pendant jusqu’aux chevilles en velours bordeaux. Sa longue crinière ardente et bouclées était maîtrisée par une natte qui retombait sur son épaule droite. Ses yeux émeraude observaient attentivement ses clients.
«Bonté divine ! s’écria Bertha. Raven, tu es déguisée en fille aujourd’hui ?!
- Je trouve ça déplacé de recevoir ce genre de remarque de la part d’une femme à barbe, Bertha ! répondit la jeune femme sur un ton courroucé.
- Je me souviens tellement bien de ta mère. Elle était si belle, si féminine. Adulée par tous les hommes. Et quand je te vois… continua Bertha avec un sourire sournois.
- Ca suffit, Bertha, ma patience a des limites, bougonna Raven le poing levé et menaçant.
- Seigneur, mais avec un comportement comme le tien, tu ne te trouveras jamais de mari.
- Je vais t’étrangler ! » Cria Raven en s’avançant vers Bertha qui riait à gorge déployée. Lionel retint la jeune serveuse par la taille pour l’empêcher de sauter sur la femme à barbe.
«  Je vais t’arracher les yeux, Bertha. Lâche-moi, Lionel que je puisse lui régler son compte !
- Non définitivement, cette fille ne conviendra jamais à aucun homme. Se moqua Bertha. Nous n’avons qu’à lui arranger un mariage avec Caleb puisqu’ils ont presque le même âge. Comme ça on reste dans la famille. Et puis comme on a pu le constater, Caleb s’accommode de tout !
- Quoi ?! rugit Raven en devenant rouge comme une pivoine.
- De quoi parlez-vous ? » s’enquit Caleb dont l’attention venait d’être ramenée sur terre par la mention de son prénom. Il n’avait rien suivi à l’échange jusque là.
« Tiens, Raven ! Bonsoir. » dit-il en souriant. La jeune femme rougit de plus belle. Caleb afficha d’un coup une expression de profonde surprise et s’écria :
« Mais, tu es habillée en fille ! »
La troupe explosa d’un rire tonitruant alors que Raven devenait cramoisie de colère.
« Espèce de goujat, malpoli, insensible, sans cœur ! » hurla-t-elle en lui lançant une serpillère détrempée qu’il évita de justesse.
« Tu ne vaux pas mieux que les autres ! »
 Dit-elle en lui lançant une cruche d’eau. Encore une fois, il l’évita en glissant contre le dossier de son siège.
« Retenez cette furie ! » lança Eddy en bondissant sur ses pieds afin de retenir Raven qui s’apprêtait à leur lancer un verre de bière à la tête.
« Mais qu’est-ce que j’ai fait ? gémit Caleb en se protégeant de tête avec les mains.
- Si tu veux mon avis, ce n’est pas vraiment ce que tu as fait mais plutôt ce que tu as dit, répondit Bertha en hurlant de rire.
- Tu es vraiment méchante, Bertha, gémit Raven. Vous verrez quand on sera au cirque, vous me le paierez. Et toi aussi ! » ajouta-t-elle en désignant Caleb d’un air menaçant.
Raven faisait elle aussi partie de la troupe. Elle avait intégré le cirque avant Caleb, alors qu’elle n’était encore qu’un bébé. Sa mère était la charmeuse de serpents de la troupe. Elle était morte quand Raven n’avait encore que 8 ans, emportée par la tuberculose. Caleb ne l’avait pas connue car il ne faisait pas encore partie de la troupe à cette époque. Raven n’ayant qu’elle au monde, Eddy avait accepté qu’elle reste avec la troupe bien qu’elle ne montrât aucune disposition particulière pour le spectacle.
Son truc à elle c’était la mécanique. Elle avait déjà construit les appareils les plus farfelus pour améliorer les spectacles.
Raven avait toujours eu l’habitude de se débrouiller seule, elle était délurée et très débrouillarde, mais l’absence de sa mère l’avait transformée en garçon manqué bagarreur.
Contrairement à Caleb dont elle était de un an et demi l’aînée, elle n’avait jamais recherché l’amour de substitution des femmes de la troupe. Elle se chamaillait plus souvent avec elles qu’autre chose surtout avec Bertha.
Dans chaque ville où s’arrêtait le cirque, Raven essayait de se trouver un petit boulot afin de ramener de l’argent à Eddy. Bien que son rôle d’inventrice et de mécanicienne soit très apprécié par le directeur, Raven jugeait qu’elle ne contribuait pas au même niveau que les autres à la prospérité de la troupe et donc cherchait du travail pour payer son entretien par le cirque.
Caleb qui observait en riant Lionel et Eddy qui tentait de calmer Raven vit une ombre passer devant la fenêtre. Il observa au dehors un moment puis se leva.
« Excusez-moi, mais je dois m’absenter un moment. Je reviens tout de suite. » dit-il en souriant. Et il se dirigea vers la porte de la taverne.
Voilà pour le chapitre 3. Laissez des commentaires
Aerith21